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Comprendre › Implants du cristallin

Choisir son implant : monofocal, torique, multifocal, EDOF

Rédigé par le Dr Philippe Binisti · relu en octobre 2026

Pendant l'opération de la cataracte, le cristallin est remplacé par un implant qui restera en place toute la vie. On en calcule la puissance, bien sûr. On en choisit aussi le type, et c'est de ce choix-là que dépendra, pour une bonne part, votre rapport aux lunettes ensuite.

Profiter de l'opération

Calculé sur vos mesures, n'importe quel implant corrige déjà la myopie ou l'hypermétropie que vous aviez. On parle de cataracte réfractive quand on profite de l'intervention pour aller plus loin, et réduire aussi la dépendance aux lunettes de près ou à l'astigmatisme.

J'insiste sur ce verbe, réduire. Aucun implant ne rend l'œil de ses vingt ans, et chacun fait payer, d'une manière ou d'une autre, ce qu'il apporte.

Garder des lunettes pour lire n'a rien d'un échec, d'ailleurs. Beaucoup de patients le choisissent, et ils ont souvent raison.

L'implant monofocal, la référence

Il donne une vision nette à une distance, en général de loin. Pour lire, il faut des lunettes. C'est le plus posé, et de beaucoup, celui qui donne le moins d'effets optiques parasites, et l'Assurance maladie le prend en charge.

Certains monofocaux récents, dits « améliorés », donnent un peu plus de profondeur en vision intermédiaire. Ils ne remplacent pas pour autant les lunettes de lecture.

Une variante ancienne et toujours utile, la monovision : un œil réglé pour le loin, l'autre laissé légèrement myope pour le près. Certains s'y font très bien. D'autres ne la supportent pas, et quand on a déjà porté des lentilles réglées de cette façon, on sait à peu près dans quel camp on se trouve.

L'implant torique

L'astigmatisme vient le plus souvent d'une cornée bombée comme un ballon de rugby plutôt que comme un ballon de football. Si le vôtre est significatif, un implant torique peut le corriger. Il doit être orienté selon un axe précis, repéré avant l'opération. Il arrive, rarement, qu'il tourne dans les premiers jours ; on le repositionne alors lors d'un court geste au bloc.

L'implant multifocal

Il répartit la lumière entre plusieurs foyers, deux ou trois selon les modèles, pour donner une vision de loin, de près et souvent intermédiaire. Une bonne partie des patients lisent et conduisent sans lunettes la plupart du temps. Pas tous, et pas pour tout.

Le prix à payer est optique. La nuit, des halos ou des cercles autour des lumières sont la règle au début. Le contraste baisse un peu, ce qui se remarque surtout dans la pénombre. Le cerveau s'adapte en quelques semaines à quelques mois, et chez la plupart des gens les halos se font discrets. Une petite minorité, elle, ne s'y habitue pas.

L'implant EDOF

EDOF signifie profondeur de champ étendue (extended depth of focus). Ces implants donnent une bonne vision de loin et à distance intermédiaire, en gros tout ce qui se trouve à bout de bras, l'écran de l'ordinateur ou le tableau de bord. Pour les petits caractères, des lunettes légères restent souvent utiles. Les halos sont en général moins marqués qu'avec un multifocal, sans être absents.

ImplantVision sans lunettesContrepartie principalePrise en charge
MonofocalUne distance, en général le loinLunettes pour lireRemboursé
ToriqueCorrige en plus l'astigmatismeOrientation précise nécessaireSupplément possible
EDOFLoin et intermédiaireLunettes souvent utiles pour lire fin, quelques halosSupplément non remboursé
MultifocalLoin, près, souvent intermédiaireHalos nocturnes, contraste un peu réduitSupplément non remboursé

Quand on déconseille les implants premium

Un multifocal partage la lumière. Pour que le résultat soit bon, il faut une rétine et un nerf optique capables de travailler avec moins. C'est pourquoi on les évite, ou on y renonce franchement, en cas de DMLA, de glaucome avancé, de rétine fragile (membrane sur la macula, atteinte liée au diabète) ou de cornée irrégulière comme dans le kératocône. Un œil très sec doit d'abord être traité, sinon les mesures sont fausses.

Avant de proposer un de ces implants, nous faisons donc un examen de la macula en coupe (OCT). Il arrive qu'il change la décision.

Si vous avez été opéré de la myopie au laser il y a des années, ce n'est pas une contre-indication. Les calculs sont simplement moins précis. Apportez vos anciens comptes rendus si vous les avez encore : ils servent.

La question du coût

L'implant monofocal standard est remboursé. Pour les implants multifocaux et EDOF, et pour certains toriques, un supplément reste à votre charge : l'Assurance maladie ne le prend pas en charge, certaines mutuelles en remboursent une partie. Son montant figure sur le devis remis avant l'intervention. Prenez le temps de le lire, et de le montrer à votre complémentaire.

Ce que je vous demanderai

Avant de parler optique, je demande à mes patients comment ils vivent. Conduisent-ils souvent de nuit ? Le reste compte aussi, les journées devant un écran comme les romans lus au lit, la couture ou le golf.

Quelqu'un qui conduit beaucoup la nuit, par métier, sera souvent plus tranquille avec un monofocal, quitte à garder des lunettes pour lire. Une ancienne myope qui a toujours lu sans lunettes, le livre à vingt centimètres, n'a pas forcément envie de perdre ce geste ; on peut le lui laisser. Quant à ceux que les lunettes n'ont jamais dérangés, je ne vois pas bien pourquoi ils accepteraient des halos pour s'en passer.

Reste une part d'imprévu, même avec des mesures soignées : un petit défaut résiduel est possible. Il se corrige par des lunettes et, dans certains cas, par une retouche au laser.

Sans cataracte, quand c'est surtout la lecture qui gêne, voyez plutôt la presbytie. Pour en discuter, prenez rendez-vous.

Questions fréquentes

Peut-on changer d'implant si on n'est pas satisfait ?

C'est possible, mais il s'agit d'une nouvelle intervention, plus délicate que la première et d'autant plus que le délai s'allonge. Mieux vaut prendre le temps du choix avant.

Les deux yeux doivent-ils recevoir le même implant ?

Le plus souvent oui, surtout pour les multifocaux. Certaines associations entre deux modèles différents se font, au cas par cas, quand les besoins le justifient.

Les halos disparaissent-ils avec le temps ?

Ils s'atténuent nettement en quelques mois chez la plupart des patients, parce que le cerveau apprend à les ignorer. Ils disparaissent rarement complètement.

Un implant s'use-t-il ?

Non, il est fait pour durer toute la vie. Un voile peut apparaître des années plus tard, mais il vient de la capsule qui entoure l'implant et se traite au laser : voir la cataracte secondaire.

J'ai une DMLA débutante, puis-je avoir un multifocal ?

En général, nous le déconseillons. La maladie peut évoluer, et un implant qui divise la lumière aggraverait la perte de contraste. Un monofocal est plus raisonnable.

Sources

Documents consultés en novembre 2026.

Cette page explique ; elle ne remplace pas l'examen. Chaque œil est différent, et la décision se prend en consultation.