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Comprendre › Chirurgie réfractive

Presbytie : ce que la chirurgie peut faire, et ce qu'elle ne fait pas

Rédigé par le Dr Philippe Binisti · relu en octobre 2026

Vers 45 ans, on se surprend à tendre le bras pour lire un menu. C'est la presbytie. Aucune opération ne rend à l'œil la mise au point souple de ses vingt ans ; certaines permettent en revanche de s'en passer en partie, au prix de compromis qu'il vaut mieux connaître avant.

Ce qui se passe dans l'œil

Pour voir de près, l'œil change la forme d'une lentille interne, le cristallin. Avec les années, ce cristallin durcit et perd cette capacité. Le phénomène commence autour de la quarantaine, progresse jusqu'à 60 ans environ, puis se stabilise. Personne n'y échappe, pas même ceux qui se flattaient d'avoir dix sur dix.

Les myopes légers ont un petit avantage : ils retirent leurs lunettes pour lire. C'est d'ailleurs ce confort qu'ils perdent si on corrige complètement leur myopie après 40 ans.

D'abord, les solutions sans chirurgie

Des lunettes de lecture, des verres progressifs, des lentilles multifocales. C'est simple et réversible. Pour la plupart des gens, cela suffit. Les lentilles servent aussi d'essai avant une chirurgie : on peut tester quelques semaines, en conditions réelles, l'effet d'une monovision. Ne pas se faire opérer se défend très bien.

La monovision au laser

On l'appelle aussi « bascule ». L'œil dominant est corrigé pour le loin ; l'autre est volontairement laissé un peu myope, pour le près. Le cerveau apprend à prendre l'information là où elle est nette. La plupart des patients ne savent plus, au bout de quelques semaines, quel œil fait quoi.

Il y a un prix. La vision du relief baisse un peu. De loin, la vision reste nette surtout grâce à un seul œil, ce que certains ressentent la nuit au volant. Et quelques personnes ne s'y habituent pas. D'où l'intérêt de l'essai préalable en lentilles. On parle de mini-monovision quand l'écart entre les deux yeux reste modeste : moins de gêne, mais une lecture des petits caractères moins confortable.

La presbytie, elle, continue d'avancer. Vers 55 ou 60 ans, des lunettes de lecture redeviennent souvent utiles pour les petits caractères ou une lumière faible.

Le PresbyLASIK

Le laser donne à la cornée un profil qui mélange plusieurs zones de netteté. L'idée est séduisante. Les résultats sont plus variables d'un patient à l'autre qu'avec la monovision, avec parfois une perte de contraste, et il est moins facile de revenir en arrière. Nous le proposons donc plus rarement.

Changer le cristallin

Après 55 ans environ, on peut raisonner autrement. On retire le cristallin, encore transparent, et on le remplace par un implant. Techniquement, c'est l'opération de la cataracte, faite avant que la cataracte n'apparaisse (on parle de chirurgie du cristallin clair). Elle convient particulièrement aux hypermétropes, chez qui le laser est moins prévisible et la gêne de près arrive souvent plus tôt.

Deux grandes familles d'implants sont utilisées. Les implants multifocaux (souvent trifocaux) répartissent la lumière entre le loin, l'intermédiaire et le près ; c'est avec eux que l'on lit le plus souvent sans lunettes. Les implants à profondeur de champ étendue (EDOF) couvrent surtout le loin et l'intermédiaire, l'écran d'ordinateur, le tableau de bord, avec moins de halos ; en contrepartie, des lunettes restent souvent nécessaires pour lire petit. Le détail des implants est expliqué dans l'article sur les implants.

Les halos et l'adaptation

Avec un implant multifocal, des cercles lumineux autour des phares et des réverbères sont presque constants au début. Le contraste baisse un peu, surtout par faible lumière. Le cerveau finit par s'y faire, en quelques semaines, parfois plusieurs mois. Une minorité de patients reste gênée. Très rarement, on finit par changer l'implant.

Les risques d'une chirurgie à l'intérieur de l'œil

Ce sont ceux de la chirurgie de la cataracte : infection, rare mais sérieuse ; décollement de rétine, plus fréquent chez les myopes forts ; voile secondaire derrière l'implant, traité simplement au laser en consultation. Ils sont faibles. Ils ne sont pas nuls, et l'on opère ici un œil qui voit bien avec des lunettes.

Certaines situations rendent les implants multifocaux peu recommandables : une maladie de la rétine (DMLA, membrane épirétinienne), un glaucome évolué, une sécheresse importante, ou un métier qui oblige à conduire beaucoup de nuit.

Si une cataracte a déjà commencé, l'opération est remboursée comme toute chirurgie de la cataracte, et la question devient seulement celle du choix de l'implant. La chirurgie du cristallin clair, faite pour se passer de lunettes, n'est pas prise en charge par l'Assurance maladie.

Comment choisir

Nous commençons par vous écouter : ce que vous lisez, combien de temps sur écran, si vous conduisez la nuit, si un léger flou vous agace ou vous laisse indifférent. Les personnes très exigeantes sur la netteté supportent souvent mal les compromis de la monovision ou des multifocaux. Celles qui veulent surtout ne plus chercher leurs lunettes en sont généralement satisfaites.

Quand il y a déception, c'est presque toujours qu'on attendait trop. Qui espère retrouver ses yeux de 25 ans sera déçu, quelle que soit la technique.

Questions fréquentes

À partir de quel âge peut-on opérer la presbytie ?

La monovision au laser se discute dès les premiers signes, vers 45 ans. La chirurgie du cristallin clair se propose plutôt après 55 ans environ, selon la réfraction et l'état du cristallin.

Serai-je débarrassé des lunettes pour toujours ?

Pas forcément. Avec la monovision, la presbytie continue d'évoluer et des lunettes de lecture reviennent souvent. Avec un implant, le résultat est plus stable, mais des lunettes peuvent rester utiles pour certaines tâches.

Peut-on essayer la monovision avant de se faire opérer ?

Oui, avec des lentilles de contact, pendant quelques semaines. En conditions réelles, on voit vite si le cerveau l'accepte ou non.

Les halos disparaissent-ils avec un implant multifocal ?

Ils s'atténuent, surtout parce que le cerveau apprend à ne plus les remarquer. Chez la plupart des patients ils ne gênent plus après quelques mois ; chez certains, ils persistent.

J'ai déjà été opéré d'un LASIK, puis-je avoir un implant multifocal ?

C'est possible, mais le calcul de l'implant est plus délicat après un laser. Apportez si possible le compte rendu de votre ancienne opération lors du rendez-vous.

Sources

Documents consultés en novembre 2026.

Cette page explique ; elle ne remplace pas l'examen. Chaque œil est différent, et la décision se prend en consultation.