Comprendre › Chirurgie réfractive
Le bilan avant chirurgie réfractive : suis-je opérable ?
Rédigé par le Dr Philippe Binisti · relu en octobre 2026
Avant de parler de laser, il faut savoir si votre œil s'y prête. C'est le rôle du bilan : une consultation longue, parfois en deux temps, où l'on mesure la cornée de très près, et pas seulement elle. La réponse est le plus souvent oui. Pas toujours, et le bilan sert justement à repérer ces cas-là.
Avant de venir
Les lentilles de contact déforment légèrement la cornée, même quand on les supporte très bien. Si vous en portez, il faut les retirer suffisamment tôt pour que la cornée reprenne sa forme naturelle ; sinon, les mesures sont faussées et le calcul du laser aussi.
- Lentilles souples : quelques jours, souvent une semaine.
- Lentilles souples toriques (pour l'astigmatisme) : un peu plus longtemps.
- Lentilles rigides : plusieurs semaines, davantage si vous les portez depuis de nombreuses années. Nous vous indiquons le délai exact à la prise de rendez-vous.
Apportez vos lunettes actuelles et, si vous les avez gardées, vos anciennes ordonnances. On y lit comment la vue a bougé au fil des ans, ce que la mémoire retient assez mal. Ajoutez la liste de vos traitements. Et prévoyez qu'on vous raccompagne, ou rentrez en RER depuis la gare de Val d'Europe : avec les pupilles dilatées, on ne conduit pas.
Une vue stable, un âge adulte
Si la myopie progresse encore, on corrigerait un chiffre qui ne sera plus le bon quelques années plus tard. Nous demandons donc une correction stable depuis au moins un an, idéalement deux. Chez beaucoup de myopes, la vue se fixe entre 20 et 25 ans ; on peut être opérable à 22 ans et pas à 19.
La grossesse et l'allaitement modifient la réfraction et la cicatrisation. On attend quelques mois après.
La cornée, sous toutes ses coutures
C'est le cœur du bilan. La topographie dessine une carte en couleurs de la face avant de la cornée, comme une carte de relief. La tomographie va plus loin : elle mesure aussi la face arrière et l'épaisseur en chaque point. Quant à l'épaisseur en microns, c'est la pachymétrie.
Si l'on insiste autant, c'est que le laser amincit forcément la cornée. Une cornée trop fine, ou qui présente déjà une faiblesse, risque de se déformer après l'opération.
Le kératocône « fruste »
Le kératocône est une déformation progressive de la cornée, qui devient conique. Sa forme débutante, dite fruste, ne donne aucun symptôme : la vue est bonne avec des lunettes, rien ne se voit à l'examen classique. Seules les cartes de tomographie la trahissent. Quand on la découvre, on renonce au LASIK et au SMILE. Selon les cas, on discute une implantation phaque, ou l'on se contente de surveiller.
On repart déçu, souvent. Mieux vaut l'apprendre ce jour-là qu'après l'opération.
Les larmes et les paupières
Un œil déjà sec le sera davantage après le laser. On regarde donc les larmes, leur quantité et leur qualité, puis le bord des paupières et la surface de la cornée. Une sécheresse ou une inflammation des paupières (blépharite) se traite d'abord ; on refait le point ensuite. Il arrive qu'elle oriente vers une technique plutôt qu'une autre, voire qu'elle fasse renoncer.
La dilatation
Des gouttes relâchent la mise au point de l'œil pour mesurer la correction sans que l'œil ne « triche ». C'est particulièrement utile chez les hypermétropes et les plus jeunes. Elles dilatent aussi la pupille, ce qui permet d'examiner le fond d'œil jusqu'à sa périphérie. Les myopes y présentent parfois des zones de rétine fragile ; certaines justifient un laser préventif avant toute chirurgie réfractive.
L'inconvénient est connu : vision floue de près et éblouissement pendant plusieurs heures, parfois jusqu'au soir. Prévoyez des lunettes de soleil, et pas de volant.
Ce qui peut faire renoncer ou différer
En dehors du kératocône et d'une cornée trop fine, certaines situations imposent la prudence ou un report : une maladie auto-immune mal contrôlée, un antécédent d'herpès de l'œil, certains traitements (l'isotrétinoïne contre l'acné, par exemple), un glaucome évolué, une cataracte qui commence. Dans ce dernier cas, mieux vaut parler directement de chirurgie du cristallin.
La conversation
Il y a les appareils, et il y a le temps passé à parler, qui compte autant. Votre métier, les trajets de nuit, le sport, ce que vous attendez au juste. Un myope de 42 ans qui lit sans lunettes perdra ce confort après l'opération ; il vaut mieux le savoir avant. Nous vous expliquons quelle technique nous paraît adaptée et pourquoi, avec ses risques propres (décrits dans LASIK, PKR et SMILE).
Le temps de la réflexion
Nous ne programmons jamais l'intervention le jour du bilan. Vous repartez avec une information écrite, un formulaire de consentement et un devis détaillé, puisque l'Assurance maladie ne prend pas en charge cette chirurgie. Vous lisez tout chez vous, au calme. Un délai de réflexion sépare toujours le bilan de l'opération, et vous pouvez revenir avec vos questions, ou ne pas revenir du tout.
Questions fréquentes
Combien de temps dure le bilan ?
Comptez une bonne heure, parfois davantage avec la dilatation. Certains examens peuvent être répartis sur deux rendez-vous.
Puis-je conduire après le bilan ?
Non, si vos pupilles ont été dilatées. La vision reste floue et éblouie pendant plusieurs heures. Venez accompagné ou en transports.
J'ai oublié d'arrêter mes lentilles, que faire ?
Prévenez-nous avant de venir. Les mesures seraient faussées : mieux vaut décaler le rendez-vous que fonder un calcul sur une cornée déformée.
Que se passe-t-il si je ne suis pas opérable ?
Nous vous expliquons pourquoi et ce qui reste possible : une autre technique, un implant phaque, des lentilles adaptées, ou simplement vos lunettes. Parfois, il suffit d'attendre que la vue se stabilise.
Le bilan m'engage-t-il à me faire opérer ?
Non. Vous en ressortez mieux informé, c'est tout ; la décision vient après, et elle vous appartient. Pour le programmer : prendre rendez-vous.
Sources
- Société française d’ophtalmologie, fiche d’information sur la chirurgie réfractive cornéenne au laser (n° 9A), janvier 2026.
- Société française d’ophtalmologie, fiche d’information sur la chirurgie réfractive par implant pré-cristallinien (n° 11), janvier 2026.
- Assurance maladie, Correction de la myopie et suivi de l’enfant myope, ameli.fr.
Documents consultés en novembre 2026.
Cette page explique ; elle ne remplace pas l'examen. Chaque œil est différent, et la décision se prend en consultation.