Comprendre › Chirurgie réfractive
Les implants phaques (ICL) pour les fortes myopies et les cornées trop fines
Rédigé par le Dr Philippe Binisti · relu en octobre 2026
Quand la myopie est forte, ou que la cornée est trop fine pour supporter un laser, il reste une autre voie : glisser une lentille souple à l'intérieur de l'œil, sans rien retirer. C'est l'implant phaque. « Phaque » veut dire qu'on garde son cristallin naturel.
Le principe
Imaginez une lentille de contact, mais posée à l'intérieur de l'œil. L'implant le plus utilisé aujourd'hui, appelé ICL, se place derrière l'iris (la partie colorée de l'œil), juste devant le cristallin. Il est fait d'un matériau souple, bien toléré. On ne le sent pas, et dans le miroir on ne voit rien.
La cornée, elle, reste intacte. Et si besoin, on peut retirer l'implant ; le tissu enlevé par un laser, lui, ne revient pas.
Il existe aussi des implants fixés sur l'iris, en avant de celui-ci. Ils sont moins utilisés aujourd'hui ; nous en parlons si votre œil s'y prête mieux.
Pour qui ?
D'abord pour les fortes myopies, au-delà de huit à dix dioptries environ, là où le laser devrait retirer trop de cornée. Mais aussi pour des myopies plus modérées quand la cornée est fine, irrégulière, ou porte les signes d'un kératocône débutant. Il existe des versions qui corrigent l'astigmatisme (implants toriques) et, plus rarement, l'hypermétropie.
On le propose à des adultes dont la vue est stable, en général avant 45 ou 50 ans. Après, le cristallin commence à vieillir, la presbytie s'installe, et la discussion se porte plutôt sur la chirurgie du cristallin.
Rien n'oblige à se faire opérer, bien sûr. Beaucoup de forts myopes vivent très bien avec leurs lunettes ou leurs lentilles.
Un bilan un peu différent
Aux examens habituels avant chirurgie réfractive s'ajoutent ici quelques mesures propres à l'implant.
La profondeur de la chambre antérieure, c'est-à-dire l'espace entre la cornée et le cristallin. L'implant doit y trouver sa place sans gêner la circulation du liquide qui nourrit l'œil. Un œil trop « étroit » n'est pas candidat.
Les dimensions de l'œil, qui déterminent la taille de l'implant. Trop grand, il pousse ; trop petit, il frotte contre le cristallin. On le commande sur mesure, ce qui explique un délai de quelques semaines entre le bilan et l'opération.
Le comptage des cellules endothéliales. Ces cellules tapissent la face interne de la cornée et la gardent transparente. Elles ne se renouvellent pas. Un appareil (le microscope spéculaire) les photographie et les compte ; en dessous d'un certain seuil, qui dépend de l'âge, on n'opère pas.
Le fond d'œil dilaté est systématique : la rétine des forts myopes est plus fragile, et il faut parfois la renforcer au laser avant.
L'intervention
Elle se fait au bloc opératoire, sous anesthésie par gouttes, parfois avec un léger calmant. Une incision d'environ trois millimètres suffit : l'implant, plié, se déploie lentement dans l'œil. Le chirurgien le positionne derrière l'iris. Cela prend une vingtaine de minutes.
Les deux yeux sont souvent opérés à quelques jours d'intervalle. La vision devient nette rapidement, souvent dès le lendemain, avec des collyres pendant quelques semaines. Un contrôle le lendemain vérifie notamment la pression de l'œil.
Les risques
Ce sont ceux d'une chirurgie à l'intérieur de l'œil, avec quelques particularités.
L'hypertonie (pression trop élevée dans l'œil) peut survenir dans les premières heures ou les premiers jours, liée au produit utilisé pendant l'opération ou à l'inflammation. D'où le contrôle du lendemain. Les implants actuels comportent un minuscule orifice central qui facilite la circulation du liquide, et qui a rendu le plus souvent inutile le petit laser sur l'iris que l'on faisait autrefois avant l'opération.
La cataracte, c'est-à-dire l'opacification du cristallin, est plus fréquente qu'en l'absence d'implant. Les modèles récents l'ont rendue plus rare. Si elle apparaît, on retire l'implant et l'on opère la cataracte dans le même temps.
La perte de cellules endothéliales est lente. C'est pour elle qu'on les recompte régulièrement.
Viennent ensuite les risques rares : infection, à traiter en urgence ; décollement de rétine, lié surtout à la forte myopie elle-même ; implant mal dimensionné qu'il faut changer. Des halos la nuit sont possibles, en particulier avec une pupille large.
Un implant phaque impose un contrôle chaque année, aussi longtemps qu'il reste en place : pression de l'œil, comptage des cellules endothéliales, position de l'implant par rapport au cristallin. On ne pose pas un implant phaque pour l'oublier ensuite.
Comme toute chirurgie réfractive, la pose d'un implant phaque n'est pas remboursée par l'Assurance maladie. Un devis vous est remis au bilan.
Questions fréquentes
Est-ce qu'on sent l'implant ?
Non. Il est placé derrière l'iris, à l'intérieur de l'œil, là où il n'y a pas de sensibilité au toucher.
L'implant peut-il être retiré ?
Oui, c'est l'un de ses intérêts. On le retire notamment au moment d'opérer une cataracte, ou si l'implant est mal toléré.
Combien de temps dure un implant phaque ?
Il est conçu pour rester en place. Le plus souvent, il est retiré des années plus tard, lors de l'opération de la cataracte, quand le cristallin naturel s'opacifie avec l'âge.
Puis-je passer une IRM avec un implant phaque ?
Oui. Le matériau n'est pas métallique. Signalez-le simplement au radiologue.
Que se passe-t-il si je manque le contrôle annuel ?
Rien d'immédiat, le plus souvent. Mais certaines complications, comme une baisse des cellules endothéliales, ne donnent aucun symptôme au début. Reprenez rendez-vous dès que possible, et appelez sans attendre en cas d'œil rouge et douloureux (urgences).
Sources
- Société française d’ophtalmologie, fiche d’information sur la chirurgie réfractive par implant pré-cristallinien (n° 11), janvier 2026.
- Assurance maladie, Correction de la myopie et suivi de l’enfant myope, ameli.fr.
Documents consultés en novembre 2026.
Cette page explique ; elle ne remplace pas l'examen. Chaque œil est différent, et la décision se prend en consultation.